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Editeur : Michel Lafon/Jungle ! Thriller

Nombre de pages : 52

L'an dernier, à peu près à cette période, un album de BD est paru, qui m'a totalement emballé (mais, en même temps, étant fan de Maxime Chattam, le contraire aurait été étonnant) : le premier tome de l'adaptation en BD du premier roman de sa fameuse Trilogie du Mal : L'Âme Du Mal. Ce premier tome, 52 pages dessinées par Michel Montheillet et scénarisées par ce même Montheillet (en collaboration avec Chattam, évidemment), s'appelait Le Bourreau De Portland, et résumait la première partie du roman (au sens littéral, c'est à dire ce qui, dans le roman, est entre une page intitulé Première Partie et une autre intitulée Deuxième Partie !), ce qui, pour l'édition poche du roman, représente dans les 80 pages (sur 500). Il semblait impossible, à moins de bien massacrer l'histoire, d'adapter tout L'Âme Du Mal en un seul tome de BD de 52 pages, et il y aura donc plusieurs tomes par roman adapté (les deux autres romans sont In Tenebris et Maléfices, et j'ai déjà hâte d'en lire les versions illustrées), et vu l'endroit où se termine le tome 2, tout juste paru (mercredi dernier), j'imagine qu'il faudra trois, voire quatre tomes par roman. Le tome 2 vient dont de paraître, autant de pages, même auteur/dessinateur (évidemment et heureusement), et il s'intitulé : La Trilogie Du Mal 2 : Ecrit Sur Les Portes De L'Enfer. Tout un programme ! On est en plein dans l'actualité chattamesque, vu que le sixième tome de sa saga de fantasy Autre-Monde, Neverland, vient de sortir (et sera abordé ici bientôt) !

Leland Beaumont, le Bourreau de Portland, redoutable tueur en série psychopathe qui séquestrait ses victimes et leur tranchait les bras, est mort, tué par Joshua Brolin (ancien profiler du FBI devenu simple officier de police à Portland, Oregon, sa ville natale) alors qu'il s'apprêtait à tuer Juliette Lafayette, sa plus récente proie. Mais si Beaumont est mort (une balle dans le crâne, qui a en partie sauté) et Juliette saine et sauve, Joshua a morflé, un coup de couteau mal placé. Il s'en sort heureusement, et un an passe, tant bien que mal. Juliette se remet progressivement du traumatisme, et a sympathisé avec Joshua, qui partage avec elle cette sinistre expérience.

Maxime-Chattam

Un jour, alors que l'on se rapproche de la date anniversaire de la mort de Beaumont, un crime atroce est découvert : une femme, atrocement mutilée (les bras tranchés, le visage tailladé, déjà en putréfaction), est trouvée dans une maison abandonnée. Le modus operandi est, pour Joshua Brolin, tellement proche de celui de Beaumont qu'il ne peut pas s'agir de quelqu'un d'autre ; mais Beaumont est mort et enterré depuis un an. Un copycat (serial killer imitant un autre serial killer) ou bien Beaumont n'était pas le tueur ? Parallèlement, Juliette et lui reçoivent chacun une lettre tâchée de sang, et renfermant un court poème étrange, directement issu de La Divine Comédie de Dante (la première partie, sur L'Enfer), poème annonçant à tous qu'un nouveau meurtre va être commis...

Encore une fois, une adaptation très réussie de L'Âme Du Mal. Enfin, "encore une fois"... disons que le scénario est bien foutu, on a certes des variantes, mais ces changements ne sont pas choquants, ne gênent pas la compréhension du récit et ne viennent pas transformer le roman en autre chose. On notera (et je m'adresse ici aux fans de Chattam, je sais qu'il y en a) que Chattam et Montheillet ont adroitement mélangé le roman avec un autre de Chattam se situant à Portland, Oregon, mais dont les histoires, à part ça, sont totalement différentes : Le 5ème Règne. Dans Le 5ème Règne, on a une bande d'adolescents aux prises bien malgré eux avec des forces surnaturelles obscures tout droit sorties d'un antique livre de sorcellerie. Au tout début de ce tome 2 de l'adaptation BD de L'Âme Du Mal, on aperçoit, en flash-back, des bribes de l'enfance de Joshua Brolin, enfance qu'il a vécue à Portland, et on découvrir qu'il faisait partie d'une bande de copains dont les noms des autres sont Lewis, Sean, Meredith... soit les noms de pas mal des personnages du 5ème Règne ! L'un de ces ados, Meredith, devient plus tard (et ça, c'est une totale invention de Chattam et du scénariste et dessinateur) membre du SWAT, et retrouve Brolin au cours d'une intervention sans rapport avec le serial killer qui nous occupe dans l'histoire de L'Âme Du Mal.

Cette mise en abîme, mélanger des personnages d'un roman de Chattam à celui qui est le héros d'une trilogie de thrillers du même auteur, afin de donner plus de profondeur encore au personnage, de lui donner une histoire (bien entendu, dans Le 5ème Règne, pas de Joshua Brolin), est plutôt une bonne idée ; en tout cas, en lisant le tome 2 de la Trilogie Du Mal en BD, et en découvrant ces détails sans importance dans l'histoire (ils sont juste là pour les fans, pour faire un clin d'oeil de connaisseurs), ça ne m'a absolument pas choqué ou dérangé, je ne me suis pas dit mais qu'est-ce qu'ils foutent, Chattam et Montheillet, pourquoi faire ça, ça ne sert à rien. Non, j'ai trouvé que c'était plutôt une bonne idée. Une meilleure idée que cette histoire d'ouragan qui, dans le tome 1 de la BD, menace de frapper Portland (entraînant une panique générale dans la ville et des scènes de pillage et d'émeutes) au moment où la ville est victime des actes de Leland Beaumont. L'ouragan était peut-être une allusion à la Tempête qui frappe l'Amérique (le monde, en fait) dans le tome 1 de la saga de fantasy Autre-Monde de Chattam, mais ça ne servait qu'à rajouter dans l'ambiance poisseuse et sombre de l'histoire, qui n'aurait pas été moins bonne sans ce détail (voir le roman, où on ne parle pas d'un ouragant violent menaçant de frapper Portland). Entre le rajout de la tempête dans le tome 1 et celui de ces détails sur l'enfance de Brolin dansle tome 2, je préfère les détails sur l'enfance/adolescence de Brolin ! Sinon, rien à dire, c'est encore une fois réussi (les dessins sont très bons ; à noter, une belle caricature de David Niven pour le personnage d'Anthony Desaux, personnage qui, si le roman avait été adapté en film, aurait bien allé à Anthony Hopkins, selon les aveux mêmes de Chattam sur un site web), le scénario est bien foutu, ça se termine sur un cliffhanger donnant directement envie de lire la suite... Mais pour ça, nul doute qu'il faudra attendre encore un an ! Bref, je conseille cette lecture aux fans, mais aussi à ceux ne connaissant pas cette trilogie de romans de Chattam.