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Editeur : Les Editions Albert René

Nombre de pages : 45

L'annonce, l'an dernier (il y à un petit peu plus d'un an, en fait, du moins je crois), de la retraite artistique d'Albert Uderzo, et de la reprise de la fameuse série Astérix par d'autres auteurs, a mis le monde de la BD en émoi : fin d'une ère, Uderzo raccroche les gants, bla bla bla... Plus tout jeune (il a quand même 86 ans !), parvenant difficilement à dessiner désormais en raison de problèmes à la main, de tremblements et de l'âge, et quelque peu freiné par l'insuccès critique du dernier tome de la série (Le Ciel Lui Tombe Sur La Tête, 33ème tome, un vrai ratage, sorti en 2005 ; par la suite, un tome 34, L'Anniversaire D'Astérix Et Obélix : Le Livre D'Or, sera publié en 2009 pour fêter les 50 ans de la série, et est constitué essentiellement de petites histoires) qui fut cependant un carton de librairie comme tout Astérix qui se respecte, Albert Uderzo a donc décidé de laisser la main. Sorti très récemment (jeudi 24 octobre dernier, simultanément en plusieurs versions, dans plusieurs pays), le nouveau tome, N°35, d'Astérix, est donc un album historique : c'est le tout premier à avoir été fait par d'autres auteurs que les auteurs d'origine qui étaient, je le rappelle, le scénariste René Goscinny (mort en 1977) et, donc, le dessinateur Albert Uderzo (qui, depuis 1980, faisait aussi les scénarii des albums). Uderzo a aidé à la conception de la pochette (il a dessiné Obélix sur la couverture, le reste est du nouveau dessinateur, ce qui explique les deux crédits de dessins), et a bien entendu supervisé, avec Anne Goscinny (fille de René), la conception du scénario et des dessins, donnant des conseils de ci de là (mais, généralement, n'intervenant pas trop). Les nouveaux auteurs sont Didier Conrad pour les dessins, et Jean-Yves Ferri pour le scénario. Ce 35ème tome s'intitule Astérix Chez Les Pictes, et dire qu'il était attendu est un bel euphémisme.

On le sait, Astérix a souvent voyagé, généralement un album sur deux. Rome, la Bretagne (c'est à dire l'Angleterre actuelle, qui s'appelait Bretagne à l'époque), l'Helvétie, l'Hispanie, Le Nouveau Monde, le Pays Goth (l'Allemagne, donc), l'Inde, L'Egypte, la Palestine, la Belgique, la Grèce, même l'Atlantide (La Galère D'Obélix) ! Uderzo et Goscinny voulaient un jour faire voyager Astérix jusqu'en Chine, mais renoncèrent, se rendant compte que ça ferait un trop long voyage pour un album (vu le mode de transport des héros à pied ou en char...). Ca ne se fera sans doute jamais, mais en attendant, les nouveaux auteurs ont décidé d'envoyer nos deux héros dans un pays qu'ils ne connaissaient pas encore, la Calédonie, c'est à dire l'Ecosse actuelle, un pays qui, à l'époque celte et antique, était habité par des tribus celtes barbares, les Pictes.

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Un de ces Pictes, un certain Mac Oloch ('ma coloc'...), est découvert, emprisonné dans une gigantesque bulle de glace, près du village gaulois, un jour d'hiver (de la neige partout). Dégelé, il revient à lui, aphone (une potion de Panoramix va lui rendre sa voix), et est plus que désireux de revenir chez lui, afin de retrouver Camomilla, sa promise, qui lui a été ravie par le chef d'un clan adverse, Mac Abbeh. Bien entendu, Astérix et Obélix partent avec lui pour l'escorter et l'aider dans ses démarches. Idéfix, lui, reste bien sagement au village (il est, comme toujours, trop petit pour une telle expédition, ce qui ne l'a jamais empêché de partie en loucedé, bien souvent, mais pas ici) !

Humour à foison, dessins vraiment remarquables, personnages amusants (le plaisir de retrouver les personnages mythiques du village est total, celui d'en découvrir d'autres aussi), allusions cocasses (Monstre du Loch Ness, Mur d'Hadrien...), jeux de mots en pagaille, ce 35ème tome ne fait absolument pas honte aux précédents, et est même sans aucun doute le meilleur depuis le dernier tome publié par les deux auteurs d'origine (c'est à dire Astérix Chez Les Belges, paru en 1979, scénarisé par Goscinny, qui est cependant mort avant de l'avoir vu naître, deux ans avant), meilleur en tout cas que ceux faits par Uderzo seul (sans vouloir le dénigrer, il a fait du bon boulot en général, et il a surtout fait ce qu'il pouvait, mais entre Le Fils D'Astérix, La Rose Et Le Glaive, Astérix Et Latraviata et Le Ciel Lui Tombe Sur La Tête qui ne valent pas grand chose, soit 4 tomes sur les 8 qu'il a faits seul, c'est assez moyen comme bilan). Ferri a réussi à retrouver le sens du calembour goscinnyien (niveau jeux de mots sur les noms des personnages, il s'en est donné à coeur joie ! Mac Keul, Mac Aye, Mac Abbeh, Mac Oloch, Mac II...), et Conrad dessine très bien, le style est très proche de celui d'Uderzo (on sent des différences, mais il faut connaître son Uderzo par coeur pour ça ; au premier abord, on ne se rend pas vraiment compte que ce n'est pas le même dessinateur que d'habitude), il y à encore un peu de marge pour une amélioration dans les décors, mais je chipote vraiment en disant cela. Dans l'ensemble, Astérix Chez Les Pictes est une réussite, ça fait vraiment du bien de lire un album aussi bon ! Un régal, en fait !