Johan-et-Pirlouit

Place maintenant à une série de BD assez culte, mais dont aucun album n'a, à ce jour, été abordé sur le blog (je rattrappera sans doute cette erreur par la suite), jusqu'à cet article, donc, qui la résume album par album (avec note objective en complément) : Johan & Pirlouit, du dessinateur/scénariste belge Pierre Culliford, alias Peyo, mort en 1992, et que l'on ne présente plus (Les Schtroumpfs, c'est lui, comme chacun le sait) ! Voici donc un rapide résumé des 17 albums de la série (dont 4 faits après la mort de Peyo, par d'autres auteurs ; au fait, les dates indiquées sont celles de la première publication en album, et non pas de la prépublication dans Spirou Magazine) :

01Le Châtiment De Basenhau (1954) : Malgré des dessins un peu trop grossiers (et encore, je chipote ; ils sont, en fait, moins fins que par la suite), ce premier album est on ne peut plus prometteur : humour très présent, dessins excellents, scénario efficace, personnages d'emblée marquants (Johan le jeune page du Roi ; le Roi, justement ; le tristement célèbre Basenhau, un noble colérique et avide de pouvoir...). A Noter que Pirlouit brille ici, et dans le tome suivant, par son absence, ce qui est logique, il n'existait pas encore (il faudra attendre le tome 3) ! Pour résumer, cet album est, sans être le sommet de la série, un très bon coup d'essai, l'ambiance est très réussie et sympathique (dans le genre "ambiance médiévale à l'ancienne" avec moult oriflammes et tenues hautes en couleurs, avec plein de batailles et de joutes, sans rechercher la pure vérité historique mais en utilisant bien les clichés du genre, c'est parfait), similaire à celle que l'on retrouvait dans les films d'époque qui se passaient au Moyen-Âge (style Les Aventures De Robin Des Bois avec Erroll Flynn). Note : 15/20.

02Le Maître De Roucybeuf (1954) : Une deuxième aventure qui apporte une amélioration certaine dans le graphisme ; sans parler du personnage de Johan, qui semble avoir légèrement mûri (dans le précédent tome, il est clairement adolescent, ici, il semble un poil plus âgé, tout en étant très jeune : il passe, en gros, de 14 à 17 ans). Une histoire qui utilise à fond le principe cher aux romans policiers : qui a commis le crime ? On se demande tout du long qui est le fameux Maître de Roucybeuf, cagoulé comme il se doit. Scénario efficace, dessins réussis, encore une fois une ambiance parfaite (et un titre d'album réussi, une constante dans la série ; les titres des albums seront très souvent, quasiment toujours, en fait, très évocateurs et réussis)... La seule chose qui manque, ici (sauf pour les lecteurs ayant découvert cet album à l'époque), c'est Pirlouit, qui n'existait pas encore ! Patience, ça sera dans le tome suivant, et dès lors, il ne quittera plus Johan ! Sinon, cet album marque la première apparition de la sorcière Rachel, qui, donc, reviendra par la suite de temps à autre. Note : 16/20.

03Le Lutin Du Bois Aux Roches (1956) : Un des albums les plus mythiques de la série (il a connu une autre couverture que celle-ci, très similaire, mais avec un style graphique un peu plus ancien, et sans la précision Johan & Pirlouit dessus), et pour cause : il fait intervenir pour la première fois un personnage que Peyo n'envisageait pas, au départ, de réutiliser par la suite, mais qu'il transformera en co-héros de la série quand il se rendra compte qu'il était très populaire parmi les lecteurs : Pirlouit. Petit personnage (un lutin, selon l'album) blond au bonnet rouge et à la veste verte, toujours accompagné de sa chèvre noire Biquette, aimant la boustifaille et la bagarre, aimant, aussi, faire des farces et chanter et jouer (dans les deux cas, très mal !) de la musique, Pirlouit est au centre de cet album dans lequel il sème une petite panique dans les environs du Bois Aux Roches (on apprend qu'une sorte de créature joue des tours à ceux qui se promènent dans le coin, et pousse des cris assez étranges - Piiiirlouiiiiiit !!! -, et Johan décide d'en avoir le coeur net). Un album majeur, qui apporte encore une fois une amélioration dans les dessins. Le duo de la série est crée, la série, pour certains, démarre réellement... Note : 20/20.

04La Pierre De Lune (1956) : Dans le tome 2 de l'intégrale (qui propose trois ou quatre albums par tome, il y à 5 tomes en tout), il est dit, au sujet de cet album, qu'il est considéré comme étant un pur modèle de construction scénaristique ; pas par Peyo, ni par un de ses collègues et amis dessinateurs, ni par un biographe de Peyo, ni par l'auteur des textes situés en avant-propos des tomes de l'intégrale, mais par...Pierre Arditi, l'acteur (lequel est apparemment un grand amateur de BD) ! Et en effet, cet album est une pure petite merveille d'horlogerie. Et le premier dans lequel apparaît un futur personnage récurrent, le mage Homnibus (qui n'est pas des plus attachants au premier abord, d'ailleurs). Encore une fois une intrigue efficace, avec un méchant anthologique, et d'excellents dessins. Pirlouit devient donc, à partir de ce tome 4, un personnage récurrent, et même plus : cet album est le premier estampillé au nom de Johan & Pirlouit, et non pas Johan tout court. Note : 20/20.

05Le Serment Des Vikings (1957) : Afin de rechercher un petit garçon (d'une dizaine d'années) enlevé par une horde de Vikings, Johan et Pirlouit embarquent sur le drakkar d'une autre horde de Vikings, pour gagner leurs terres et récupérer le garçon, fils d'un pauvre pêcheur des environs... Ils vont découvrir en cours de route que : a) tout n'est pas aussi simple dans cette histoire de rapt d'enfant, qui entremêle aussi une histoire de rivalité entre clans, et b) que Pirlouit est violemment sujet au mal de mer ! Une histoire très réussie, des dessins sublimes, beaucoup d'humour (Pirlouit malade comme un chien, sauf quand la mer est méchamment démontée, ce qui, curieusement, ne lui fait rien, contrairement aux autres !), de l'action, du suspense, une intrigue réussie... Sans être aussi quintessentiel que les deux précédents, cet album est vraiment excellent ! Note : 17/20.

06La Source Des Dieux (1957) : Le début de l'album laisse penser qu'il s'agit d'une suite directe du Serment Des Vikings : le tome précédent montrait Johan et Pirlouit loin de chez eux, prêts à embarquer pour, justement, rentrer au bercail, et au début de ce nouvel album, ils embarquent à bord d'un bateau...qui fait naufrage. Johan et Pirlouit se réveillent dans un pays inconnu, dont les habitants sont étonnamment mous (et se surnomment les Mollassons). Ils sont asservis par un seigneur cruel, Gracauchon, et auraient besoin, pour retrouver leur force, de boire de l'eau d'une source magique, la Source des Dieux. Avec l'aide de cette eau, ils reprendraient du poil de la bête et pourraient chasser Gracauchon et reprendre le contrôle de leurs vies et de leurs terres. Mais le voyage est long, et ils sont si mous et lents... Johan se propose (contre l'avis de Pirlouit le pantouflard !) de les aider, et le duo part en quête de la Source des Dieux... Un excellent opus, il faut le reconnaître, meilleur encore (mais dans un autre style) que le précédent, ce qui ne m'empêche pas de lui donner la même note. A lire si vous aimez la série, et les BD en général (ce conseil, je le donne aussi en ce qui concerne les précédents tomes et les suivants, d'ailleurs !). Note : 17/20.

07La Flêche Noire (1959) : Je vais rester relatif, mais il faut reconnaître que cet album est une légère déception par rapport aux précédents et aux suivants ; ce qui ne l'empêche pas d'être vraiment plus que correct, très drôle, dessins magnifiques (Peyo savait superbement bien dessiner des châteaux, notamment), et dans l'ensemble nettement supérieur aux quatre albums qui seront faits après la mort de Peyo (tomes 14 à 17), ce qui vous donne ici un petit avant-goût de ce que vous lirez sur ces quatre tomes plus bas dans l'article ! Ici, une histoire de brigands de grand chemin qui sèment la panique. Johan et Pirlouit découvrent qu'un signal lancé aux brigands (une flèche noire) est lancé chaque nuit d'agression des fenêtres du château du Roi, signe forcément qu'un traître est dans le château, le tout est de découvrir qui. Très bon album dans l'ensemble. Note : 15/20.

08Le Sire De Montrésor (1960) : Dans cette aventure très drôle, Pirlouit est bien malgré lui (mais il ne s'en plaint pas trop...) pris pour le sire de Montrésor (à qui il ressemble assez, hormis la taille). Une situation qui n'aura pas que des avantages, compte tenu qu'une sordide machination va s'ourdir pour chasser le "sire" de son trône. Johan va tout faire pour sauver son ami, qui s'est entre temps trouvé un ami supplémentaire : Romulus, un faucon végétarien et un peu débile... Une histoire remarquable, drôlissime, qui compte probablement parmi les meilleures de la série. C'est dommage que Romulus n'ait pas été utilisé dans les aventures suivantes de la série ! Note : 18/20.

09La Flûte A Six Schtroumpfs (1960) : On va le dire clairement : cet album marque une date. C'est en effet dans cet album (ui, à la base, s'appelait La Flûte A Six Trous, et sera adapté en dessin animé de long-métrage dans les années 70) qu'apparaissent les Schtroumpfs pour la toute première fois, Peyo les a crées pour cet album, et le succès qu'ils remporteront l'encouragera à les réutiliser pour d'autres albums de Johan & Pirlouit, mais aussi et surtout à créer une série de BD qui leur sera entièrement consacrée (le succès grandissant de cette série entraînera une baisse, en terme de nombre d'albums, pour Johan & Pirlouit, qui furent pourtant les personnages préférés parmi tous ceux que Peyo à crées) ! Cet album est aussi le premier à atteindre 62 pages (les précédents en faisaient 45). Humour, suspense, tout est réuni pour faire de cet album une totale réussite, un chef d'oeuvre dans le genre. La note est donc peu surprenante. A noter, le retour de l'enchanteur Homnibus.  Note : 20/20.

10La Guerre Des 7 Fontaines (1961) : Encore une fois, soyons clairs : cet album est encore un chef d'oeuvre absolu (dans lequel réapparaît la sorcière Rachel, présente dans le tome 2, et découvrant ici Pirlouit pour la première fois ; un gag remarquable concerne un 'vin merveilleux', rendant toute personne l'ayant bu totalement hilare), un des sommets absolus de la série et de l'oeuvre entière de Peyo. Ah mais ! Une histoire magnifique sur un château, surplombant sept fontaines depuis longtemps taries, suite à la méprise de l'ancien châtelain, qui, autrefois, demanda à une sorcière de changer l'eau des sept sources en vin ; se rendant compte de son erreur (tout le monde était sous l'emprise de l'alcool et se battait), il exigea qu'elle remette de l'eau, mais, enragée contre lui, tarit tout simplement les sources. A sa mort, le châtelain revint en fantôme, jusqu'à ce qu'un de ses descendants reprenne le contrôle du château, et que les sept sources soient à nouveau en état. En entendant cette histoire de la bouche même du fantôme, dans le château en ruine, Johan et Pirlouit vont tout faire pour l'aider à trouver la paix de l'âme... Mais de nombreux descendants du châtelain vont arriver, avec chacun l'intention de prendre le château. Qui est le descendant légitime ? Dessins magnifiques, scénario parfait, cet album (dans lequel reviennent les Schtroumpfs) est un chef d'oeuvre. Point barre. Note : 20/20.

11L'Anneau Des Castellac (1962) : Une histoire d'enlèvement, encore une, avec à la clé une histoire de pouvoir, encore une. Le sire de Castellac fut enlevé par un sinistre et cruel ennemi, mais parvint à s'échapper, afin de regagner son fief. Il ne se doute pas qu'au sein même de ses hommes de mains se cache celui qui a causé sa perte. Johan et Pirlouit, ayant par hasard croisé la route du sire (qui leur a remis un anneau, la preuve qu'il est bien le sire de Castellac, et sans lequel il ne peut règner), vont tout faire pour lui sauver la mise. Même s'il faut, pour cela, se rendre chez l'ennemi, afin de déjouer ses plans... Une histoire très sympathique (dans laquelle Pirlouit invente une curieuse recette de brouet d'épices, destiné à tellement donner envie de boire au méchant qu'il se saoûlerait de vin pour apaiser sa gorge...), pas le meilleur album de la série, et il fait surtout un petit peu pâle figure après les deux précédents opus, mais c'est tout de même du très bon travail. Note : 16/20.

12Le Pays Maudit (1964) : On retrouve les Schtroumpfs dans cet album dont l'action se situe en partie au Pays Maudit (comme le titre l'indique), qui est le lieu de résidence de ce petit peuple bleu, loin, très loin de toute terre habitée par les Hommes. Un Schtroumpf vient demander de l'aide à Johan et Pirlouit : un Schtroumpf qui schtroumpfe du schtroumpf serait en train de totalement ravager leurs terres. Sans vraiment savoir de quoi le Schtroumpf veut parler, le duo prend la route (qui est longue et périlleuse !), en compagnie de leur Roi (qui, s'ennuyant, décide de partir avec eux pour se changer les idées) vers le Pays Maudit... A noter que le méchant de l'histoire, Monulf, sera source de polémique à cause de son aspect (nez crochu, cheveux crépus) et d'une bulle de texte remplie d'insultes dessinées, dont une en caractère hébreu. De là à ce que Peyo fut accusé d'antisémitisme, il n'y à pas eu loin à chercher, ce qui, franchement, est idiot. Mais ça a fait polémique à l'époque, au grand dam de l'auteur ! Sinon, un remarquable album. Note : 19/20.

13Le Sortilège De Maltrochu (1970) : Un album qui connaîtra un étrange destin : il sera publié, en 1968, dans Spirou, puis, arrivé au centre de l'intrigue, Peyo indiquera 'fin de la première partie' et il faudra attendre un an pour qu'il en reprenne la suite ! La mention 'fin de la première partie' est absente de l'album. Un album, sinon, remarquable, dans lequel reviennent les Schtroumpfs et Homnibus (qui apparaissait aussi, au fait, dans le précédent tome), et qui raconte une terrible histoire de sortilège lancé par un cruel seigneur, Maltrochu, sur un jeune homme, qu'il a transformé en chien parlant ; et tout ça, afin qu'il n'épouse pas sa promise, que Maltrochu envisage d'épouser ! Cet album sera le dernier dessiné et écrit par Peyo, qui se consacrera à ses petits bonshommes bleus par la suite. Au grand dam des fans de cette série médiévale vraiment marquante, et dont ce tome 13 est le dernier chef d'oeuvre, par ailleurs. Note : 19/20.

14La Horde Du Corbeau (1994) : Peu de temps après avoir cédé les droits de ses oeuvres aux éditions du Lombard (qui, dès lors, les publieront ; Peyo était, autrefois, édité par Dupuis), Peyo meurt, en 1992, plus précisément le soir de Noël (un bien triste cadeau, n'est-ce pas, pour ses fans ?). Les séries qu'il a créées ne s'arrêteront pas là, heureusement, grâce notamment au fils de Peyo, Thierry Culliford. En 1994, le dessinateur Alain Maury et le scénariste Yvan Delporte (ami de longue date de Peyo, Franquin..., membre éminent de la maison Dupuis/Spirou), avec l'aide de Thierry Culliford, reprennent la barre de la série, avec cet album, le 14ème. Le sujet ? Des hordes de barbares à la Attila envahissent le royaume... Dessins très proches de ceux de Peyo (mais tout de même un poil différents, juste assez pour qu'on puisse vraiment distinguer que ce n'est pas Peyo qui a fait l'album), scénario assez  sympathique... Pourtant, la sauce ne prend qu'à moitié. Enfin, c'est quand même pas mal, mais c'est le premier album de la série pour lequel j'ai vraiment eu du mal à l'apprécier. Note : 13/20.

15Les Troubadours De Roc-A-Pic (1995) : Un jeune homme, héritier d'un fief, est constamment suivi par une horde de brigands chargés, par son père, de le provoquer en permanence ; le jeune homme ayant en effet une forte tendance à s'emporter et à se bagarrer, et doit, pour gagner le droit de règner un jour, apprendre à se maîtriser... Parallèlement, Pirlouit ne cesse d'acheter, à une bande de troubadours, un instrument de musique (qu'il ne cesse de casser malgré lui)... Partant de ce postulat de base assez mince, on a affaire ici à un album remarquablement bien dessiné (Alain Maury reconnaît qu'il a forcé le trait, en rajoutant pas mal dans les détails, mais il s'est fait plaisir), mais très décevant d'un point de vue scénaristique. C'est drôle, mais on s'ennuie un peu... Enfin, le suivant sera encore moins bien ! Note : 12/20.

16La Nuit Des Sorciers (1998) : Clairement le moins bon des 17 opus de Johan & Pirlouit. Ca reste tout de même pas mal du tout (je l'ai déjà dit, rien dans la série n'est mauvais), mais cette histoire de sorcières pourchassées par un seigneur un peu sorcier lui-même (Ubiquitas) et devant (les sorcières) participer à un sabbat sur le Mont Chauve est assez médiocre quand même. D'excellents dessins, pas mal d'humour (notez les très amusants noms de lieux, comme la Falaise Toi-Faire, par exemple !), mais au final, c'est le moins réussi, et heureusement que l'album suivant (le dernier à ce jour) sera meilleur, parce que sinon... Note : 11/20.

17La Rose Des Sables (2001) : Dernier opus à ce jour, son action prend place en Arabie, ce qui occasionne à ce jour le plus long voyage jamais entrepris par Johan et Pirlouit. Une histoire de rançon à payer pour sauver un sultan, père d'une jeune femme autrefois aimée par un ami de longue date du Roi, quand celui-ci participa à une croisade... L'ami en question arrive au château afin de quémander de l'aide. Le Roi ne peut refuser, Johan et Pirlouit (Johan surtout...) aussi... De sublimes dessins, une intrigue assez réussie, pour un album qui, sans être aussi bon que les 13 premiers opus (ceux de Peyo, donc), est tout de même très bien foutu. La saga se finit donc plutôt bien, ce qui est miraculeux, vu le niveau un peu fadasse des trois précédents tomes ! Note : 14/20.