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Après avoir abordé les Tintin d'Hergé, voici le tour des (plus nombreux : 53 tomes officiels à ce jour !) Spirou & Fantasio ! Même principe : un court avis, plus une note que j'essaierai de donner de la manière la plus objective possible (si un album me plaît énormément mais que je sais qu'il n'est pas si réussi que ça, la note sera moins bonne que mon opinion, et réciproquement). On commence ?

01Quatre Aventures De Spirou Et Fantasio (1950) : Dessins dans l'ensemble assez indigents (Franquin n'avait pas encore trouvé son style, normal), et scénarios (ou scénarii, pour utiliser le vrai pluriel) qui le sont tout autant. Ce premier tome de la série, comme son nom l'indique, offre quatre courtes aventures (15/20 pages par histoire environ, même si la première et la dernière sont plus longues que les deux du milieu), dans lesquelles, dans l'ordre, Spirou accepte de se battre à la boxe contre Poildur (une teigne qui terrorise tout le monde) ; Spirou et Fantasio récupèrent les plans d'un robot novateur des mains de bandits sans scrupules ; Spirou et Fantasio font de l'équitation avec un cheval pour le moins récalcitrant ; et enfin, Spirou et Fantasio voyagent jusqu'à une île au large de l'Afrique, peuplée de Pygmées. Sincèrement, cet album ne vaut pas grand chose, et encore, en disant ça, je me sens gentil. A réserver aux fans qui veulent tout posséder de la série officielle (qui, à l'heure actuelle, au moment de la rédaction de cet article, compte 53 tomes numérotés, plus des hors-séries et albums one-shot - faits par d'autres auteurs, et ne rentrant pas dans la série officielle, tout en ayant été reconnus). Ne pas commencer par cet album, et si vous n'êtes pas un grand fan, passez à côté, ça sera mieux. Note : 04/20.

02Il Y A Un Sorcier A Champignac (1950) : Comme il est indiqué sur la couverture, c'est la première longue histoire (tout l'album, soit 62 pages) de Spirou en album. Bien que moyennement dessiné (nettement moins bien que sur la couverture !), tout en étnt mieux dessiné que les tomes 1 et 3, cet album est essentiel ; il pose en effet quelques bases de la série, on y voit apparaître pour la première fois le village de Champignac-en-Cambrousse et ses habitants (le Maire volubile, Dupilon le poivrot...), sans oublier, évidemment, le Comte de Champignac. Le village, ses habitants et son Comte deviendront rapidement des personnages et lieux récurrents de la série. L'histoire est un peu basique (des faits étranges sepassent à Champignac, on pense qu'un sorcier s'y trouve, et on a tôt fait d'accuser un pauvre bohémien qui vit non loin dans sa roulotte), mais entre l'humour et des passages cultes, on ne prend pas le temps de s'ennuyer. Au final, s'il y à mieux niveau dessins et histoire, ce tome 2 est totalement recommandable pour un amateur de BD, notamment de BD belge, et notamment de Spirou ! Note : 16/20.

03Les Chapeaux Noirs Et 3 Autres Aventures (1951) : Comme son nom l'indique, on a affaire encore une fois (et pour la dernière fois, si on excepte le tome 38 ; vous verrez plus loin) à un regroupement, en un album, de quatre histoires courtes. Le style (Franquin a été aidé par Jijé, auteur de la série western Jerry Spring, pour certaines d'entre elles) est tout aussi moyen que pour le tome 1. Niveau scénario, c'est pas top non plus : la première histoire, qui donne son titre à l'album, est de loin la meilleure (Spirou et Fantasio partent aux USA découvrir le Far-West, et vont aller de déconvenues en déconvenues), les trois autres décoivent : une histoire de bandits qui veulent passer la frontière et doivent être arrêtés avant ; Spirou collé au plafond comme une mouche à cause d'un maléfice lancé par un mage ; Fantasio faisant du bateau-promenade sur la Côte (pas en tant que touriste), et pris malgré lui dans une histoire de trafiquants... C'est à peine (à peine !) plus appréciable que le tome 1. La note est doncà peine (à peine !) meilleure. Note : 05/20.

04Spirou Et Les Héritiers (1952) : Décidément, la série, au début, joue au yo-yo : un album médiocre, un album réussi, un autre médiocre... et celui-ci, le tome 4, est totalement réussi, malgré des dessins qui, tout en allant en s'améliorant (ils sont moins bons que sur les couvertures, je le précise), ne sont toujours pas parfaits (il faudra attendre le...tome 14 pour le que le style définitif de Franquin ne soit posé). Cet album est important : première apparition de Zantafio (le cousin de Fantasio, un être cupide, tricheur, vil, bref, un méchant), première apparition d'un pays fictif d'Amérique du Sud en proie à d'incessantes guerres civiles et révolutions, la Palombie, et première apparition du Marsupilami. L'histoire est simple, et en trois parties : Fantasio hérite, ainsi que son cousin. Le testament stipule que trois épreuves doivent être passées par les deux héritiers, et celui qui les réussira le mieux (et sans aide) gagnera l'héritage... Bien évidemment, on sent que Zantafio ne jouera pas franc jeu, contrairement à son gentil cousin Fantasio ! Au final, cet album est, malgré des dessins un peu simplistes (mais meilleurs que pour les trois premiers tomes) me faisant un peu baisserla note, le premier chef d'oeuvre de la série. Note : 19/20.

05Les Voleurs Du Marsupilami (1952) : Suite directe du précédent, même s'il peut se lire indépendamment tout de même (mais il démarre quelques heures après la fin de Spirou Et Les Héritiers). Après avoir remis le Marsupilami, comme il était stipulé dans le testament (voir le tome précédent), dans un zoo, Spirou et Fantasio se disent qu'il serait préférable de le remettre en liberté dans un milieu naturel, la jungle de Palombie. Ils pénètrent donc de nuit dans le zoo pour 'voler' l'animal, mais ils ne sont pas les seuls à avoir cette idée : un voleur mystérieux les devance, et le duo part donc à sa poursuite, afin de récupérer leur animal...  Gags à gogo pour cette aventure très réussie, même si elle l'est un petit peu moins que la précédente. Ce tome 5 est tout de même à lire, on prend beaucoup de plaisir à le feuilleter, c'est très drôle. Note : 16/20.

06La Corne De Rhinocéros (1952) : Un titre assez aguicheur (on se dit : ah ! on va voyager jusqu'en Afrique ! et en effet), mais au final quand même trompeur, ou plutôt, exagéré : il faudra attendre la toute fin (vers les dernières pages) de l'aventure pour comprendre où Franquin voulait en venir avec son titre et cette illustration de couverture. Sinon, une histoire un peu inégale et secondaire, enfin selon moi, mais qui recèle quand même de bons moments, et notamment la première apparition d'une jeune journaliste pot-de-colle au nom bien trouvé, Seccotine. L'histoire est simple : Spirou et Fantasio partent à la recherche des plans d'une voiture de course révolutionnaire, afin d'éviter que ces plans ne tombent en de mauvaises mains... Les dessins s'améliorent un peu, pas trop, mais un peu. De bons gags. Ca reste un petit peu secondaire ! Note : 14/20.

07Le Dictateur Et Le Champignon (1953) : Un album essentiel, qui montre le retour de Zantafio, et de la Palombie. En retournant dans ce petit pays sud-américain pour y relâcher le Marsupilami, Spirou et Fantasio découvrent qu'un certain Général Zantas, un vrai tyran, y fait règner la terreur depuis peu. Ils se rendent compte que Zantas n'est autre que Zantafio qui, les reconnaissant, leur offre un poste dans son armée. Le duo accepte, tout en cherchant par tous moyens à renverser ce dictateur d'opérette... Ca fait plaisir de retrouver la Palombie et sa capitale Chiquito, et de nombreuses scènes (le discours de Zantas, plus qu'à moitié inspiré, dans sa gestuelle, sa scénographie, par ceux d'Hitler) sont cultes. Au final, ce tome 7 est un des meilleurs de la série, tout simplement. Note : 20/20.

08La Mauvaise Tête (1954) : Une petite (légère !) baisse de niveau sans gravité pour ce tome 8 qui, cependant, montre de belles planches (ou pages, en utilisant le terme BD) sur un sport très populaire, le cyclisme (et particulièrement le Tour de France). L'histoire est sympa : Spirou se fâche avec Fantasio pour une bête histoire, et, peu après, le voit, à la TV, commettre un vol dans un musée, puis un cambriolage. Ne pouvant se résoudre à penser que son ami (qui revient vers lui) est l'auteur de ses crimes, il découvre qu'on a conçu des masques à l'effigie de Fantasio pour le faire tomber. Les deux compères, en échappant à la police qui est aux trousses de Fantasio, entendent bien résoudre l'énigme... Franquin a fait mieux (il fera moins bien aussi), mais cet album est tout de même pas mal. A noter, les deux dernières pages de l'album offrent une histoire en deux planches, sur un chat maladroit vivant dans le parc du château de Champignac. Note : 14/20.

09Le Repaire De La Murène (1954) : On change d'atmosphère : place à l'eau ! Dans cet album remarquablement bien foutu (l'intrigue est réussie, les dessins, de mieux en mieux, même s'il y à encore de la place pour l'amélioration), on découvre un nouveau personnage (John Héléna, un bad guy qui reviendra deux fois dans la série) et on apprend que le Marsupilami peut évoluer sans problème sous l'eau. Cette histoire de bateau échoué sous la mer (le 'Discret') dans lequel se cacherait un magot recherché par des trafiquants est très efficace. Dans l'ensemble, cet album est un des meilleurs de la série ! A noter, l'excellente idée de la page d'informations située en final d'album, qui explique deux-trois choses assez pointues (on parle de sciences, là) sur les faits relatés dans l'album.  Note : 18/20.

10Les Pirates Du Silence (1955) : Deux histoires pour cet album (d'autres albums de la série offriront aussi deux histoires, la seconde étant presque toujours plus courte que la première). La première, une quarantaine de pages, porte le titre de l'album, et la seconde s'appelle La Quick Super et parle d'une voiture de courses, un vrai bolide, conduit, dans l'histoire, par un Emir inconscient et ne sachant pas vraiment conduire ce genre d'engin (et semant la panique sur son passage). La seconde histoire est anodine, sans plus. La première, hélas, ne vaut pas beaucoup mieux : cette histoire de cambriolage silencieux organisé dans une ville abritant plusieurs célébrités, et où les photos, caméras et autres journalistes sont interdits (Incognito City), ne vaut que pour certains gags remarquables, et une trouvaille : après avoir appris, dans le tome précédent, qu'il pouvait nager et respirer sous l'eau, on apprend, ici, que le Marsupilami peut répéter certains mots comme un perroquet ! Mis à part ça, on tient ici probablement un des albums les plus faibles de la série, mais ça reste appréciable pour ce que c'est : un tome mineur, sans prétention. Mon premier Spirou dessiné par Franquin, et un des mes premiers Spirou en général. Note : 11/20.

11Le Gorille A Bonne Mine (1956) : Là aussi, deux histoires : celle qui donne son nom (Spirou et Fantasio partent en Afrique pour essayer de photographier les gorilles dans leur milieu naturel, et se retrouvent dans une affaire de disparition dans une mine d'or locale), et qui est plutôt bien foutue, et Vacances Sans Histoires, moins marquante (c'est le cas de le dire !), ne servant qu'à combler l'album, qui, à l'époque, comme les autres, fait 62 pages (le format 45 pages arrivera au début des années 70). Ce tome 11 est meilleur que le précédent, moins bien que le suivant (que quasiment tous les suivants !), et est à réserver aux vrais fans. De bons moments, cependant. Note : 13/20.

12Le Nid Des Marsupilamis (1956) : Encore une fois, deux histoire : la deuxième, courte, fait intervenir Gaston Lagaffe (La Foire Aux Gangsters), ce qui est assez rare dans la série Spirou & Fantasio, d'ailleurs. Elle est correcte, sans plus. La première, elle, est remarquable, et à part : ce n'est pas vraiment une aventure, mais un film visionné, dans une salle de cinéma (au cours d'une conférence donnée par Seccotine), par les héros, sur la vie du Marsupilami, dans la jungle palombienne. Seccotine revient en effet de ce pays où elle a filmé des Marsupilamis dans leur milieu naturel, et c'est son reportage qui est privilégié par rapport à celui de Spirou et Fantasio sur le gorille (tome précédent). Tout l'album est un reportage entrecoupé de scènes amusantes dans la salle de cinéma, et avec le commentaire de Seccotine en permanence. Gags à profusion (le pauvre jaguar...) pour un album reposant et culte. Pas mon préféré, mais un des plus fameux et essentiels ! Note : 19/20.

13Le Voyageur Du Mésozoïque (1957) : Toujours deux histoires : La Peur Au Bout Du Fil (le Comte de Champignac, ayant ingurgité une potion par erreur, est devenu violent, imprévisible, et sème la terreur malgré lui) qui est très réussie, et, avant ça, l'histoire donnant son titre à l'album, et qui est encore plus réussie (tout en étant un peu secondaire) : on découvre un oeuf de dinosaure en Antarctique, et le Comte entend bien le faire éclore. Ce qui arrive : un magnifique dinosaure, gigantesque, gentil, herbivore, maladroit et enrhumé (il faut lire l'album pour comprendre !) arrive, à Champignac, et va semer le désordre. Une sorte de brontosaure, pour le décrire. Un album amusant, sorte de Jurassic Park en BD et avant l'heure. Pas le sommet de la série, clairement pas, mais je l'aime beaucoup, c'est très drôle, un bon moment de détente. On sent une petite baisse de niveau dans les dessins, par moments (au début), mais rien de grave ; c'est d'ailleurs le dernier album avec ce style graphique, dès le tome suivant, le dessin devient plus fin et nettement meilleur. Note : 13/20.

14Le Prisonnier Du Bouddha (1958) : Le style graphique devient meilleur, plus fin, et ne changera quasiment plus (il ne baissera plus en qualité, en tout cas), concernant les albums de Franquin. Offrant une histoire longue de 62 pages (la première depuis le tome 9 !), cet album est une totale réussite remplie d'humour (les différentes utilisations du GAG, appareil étonnant à impulsions qui appraît dans l'album, sont amusantes) et de suspense, où il faut libérer un scientifique américain retenu prisonnier dans une gigantesque statue de Bouddha, en Asie. Dessins magnifiques, ambiance exotique, tout concourt à faire de ce 14ème album un des meilleurs de la série. On pourrait même dire que c'est le meilleur, s'il n'y avait pas les tomes 15, 16 et 18 ! Pour l'époque, avant ces futurs albums, c'est clairement le sommet. Note : 20/20.

15Z Comme Zorglub (1959) : Tout simplement mythique, cultissime, anthologique, et j'en passe. Ce tome 15, qui sera suivi un an plus tard par une deuxième partie du même niveau, est le premier à faire apparaître Zorglub, scientifique ami d'enfance du Comte de Champignac, un scientifique un peu fou, mégalomane, pas totalement méchant, mais pas recommandable, dont le but est la conquête du monde, et qui a à ses ordre une armée de soldats à moitié zombifiés (on leur a lavé le cerveau), amorphes, les zorglhommes (qui parlent entre eux une langue inventée par Zorglub, la zorglangue, qui consiste en du français à l'envens, emmoc aç, rap elpmexe. Le Comte de Champignac, Spirou et Fantasio entendent bien empêcher Zorglub de mettre ses projets à exécution. L'enlèvement de Fantasio par Zorglub va mettre le feu aux poudres... Scénario inventif, scènes cultes, humour en permanence, sens du suspense, cet album est un chef d'oeuvre absolu. Note : 20/20.

16L'Ombre Du Z (1960) : Cet album commence exactement là où Z Comme Zorglub se finit. On croit Zorglub mis hors d'état de nuire (découvrant, à la fin du précédent opus, qu'il était allé trop loin, il abandonne, penaud...), mais c'est se tromper lourdement. Il reprend du service, en Palombie, ce qui donnera au trio Spirou/Fantasio/Comte de Champignac l'occasion de retourner dans ce sympathique et instable pays sud-américain qui fut autrefois sous la coupe de Zantas/Zantafio. On remplace un Z par un autre... Une suite qui prend un peu son temps (la première partie est consacrée à la délivrance des habitants de Champignac des effets de la zorglonde, l'arme de Zorglub), mais qui, au final, est tout aussi réussie que le précédent opus. Le final est anthologique (on comprend le titre de l'album et l'étrange ombre derrière Zorglub, sur la couverture). Encore une fois, un grand album ! Note : 20/20.

17Spirou Et Les Hommes-Bulles (1958/1960) : Dessinée en 1958, parue à l'époque dans le journal Spirou, cette aventure (l'album en offre une autre, Les Petits Formats, très réussie) ne sera publiée en album qu'en 1960. A noter que les deux histoires sont aussi longues (30 pages chacune), contrairement à l'habitude d'avoir, dans un album de deux histoires, une histoire plus longue que l'autre. A noter aussi que Franquin s'est fait aidr, pour tout l'album, par Jean Roba (créateur de Boule & Bill), dont on reconnaît bien le style dans certains personnages comme Monsieur D'Houps, le milliardaire amoureux de la mer et détestant le bruit. Faisant intervenir, brièvement, John Héléna (tome 9), cette histoire très reposante est une pure splendeur (le final...), et un de mes albums préférés de la série. Assez méconnu, ce tome 17 est à découvrir ! Note : 18/20.

18QRN Sur Bretzelburg (1961) : Je vais être clair : c'est le sommet de l'entière série, et pas seulement des albums conçus par André Franquin. Aidé par Greg (Achille Talon, qui était publié par Dargaud et le journal Pilote, les rivaux de Spirou et des éditeurs Dupuis), Franquin, qui a mis du temps à faire cet album (dépression, blocage, etc...), s'est surpassé : positivement hilarant (il faut regarder les petits détails, comme ces deux singes en robe de chambre dans la scène de la clinique vétérinaire au début), c'est l'album le plus délirant d'une série pourtant très drôle en général. Une histoire d'espionnage dans un pays germanique en proie à un putsch militaire virat à la dictature, le Bretzelburg. Le titre de l'album est une allusion à un code radiophonique, un des personnages de l'album, Switch, étant amateur de radio (et communiquant avec le roi prisonnier du Bretzelburg, qui est sous la coupe de ses généraux félons). Un album anthologique, essentiel absolu, un des plus grands albums de l'histoire de la BD francophone. Note : 20/20.

19Panade A Champignac (1967) : Personne (sauf le principal intéressé, sans aucun doute) ne peut s'en douter à l'époque, mais ceci sera le dernier album de Spirou par Franquin (enfin, mis à part le tome 24, mais j'y reviendrai). Cet album contient deux histoires : celle qui donne son titre à l'album et Bravo Les Brothers, qui se passe essentiellement dans les locaux du journal Spirou, et met en scène, en plus de Spirou et Fantasio, Gaston Lagaffe et pas mal des personnages de la série Gaston (qui se passe dans les locaux de Spirou, comme on le sait). Une histoire de singes de cirque. Pas mal, sans plus. Panade A Champignac, elle, est décevante, étrange, mais amusante, aussi : le Comte a réussi à sauver Zorglub qui, à la fin du tome 16, fut victime de sa propre arme (la zorglonde) et était dans un état assez déplorable. Mais si Zorglub va mieux, il a régressé au stade du bébé (piégé dans le corps d'un adulte de 50/60 ans !). Et le Comte (aidé de Spirou et Fantasio) de pouponner un bébé assez costaud, en attendant de pouvoir faire revenir Zorglub à la normale... Une histoire amusante, mais assez idiote, et un album mineur, secondaire. Dommage que Franquin ait cessé de faire des Spirou après cet album ! Note : 12/20.

20Le Faiseur D'Or (1969) : Nouvel auteur (dessins et scénario) : le Français (et Breton) Jean-Claude Fournier, qui tiendra dix ans la barre. Cet album offre une histoire d'une quarantaine de pages (dans les 45), suivie de deux courtes (très courtes !) histoires. L'une des deux est sans intérêt (un banal conte de Noël plein de bons sentiments), l'autre, Le Champignon Nippon, qui met en scène pour la première fois le magicien japonais Itoh Kata (personnage récurrent dans les albums de la période Fournier), est tout simplement le prologue du tome suivant. Quant à l'histoire principale, qui met à nouveau en scène Zantafio et Zorglub (ce dernier est désormais un gentil), elle est très sympathique. On se fait assez facilement au style graphique de Fournier, qui est similaire à celui de Franquin. A noter que Franquin a accepté, par amitié pour Fournier et pour faire une sorte de transition, de dessiner le Marsupilami, qui apparaît ici pour la toute dernière fois de la série, on ne le reverra plus du tout (à ce titre, il est déchaîné, ici, voir le gag du toast et de la confiture, qui me fait pleurer de rire à chaque fois). Pas le meilleur de la série, mais ce coup d'essai de Fournier est sympathique comme tout. Note : 14/20.

21Du Glucose Pour Noémie (1971) : Tout comme La Corne De Rhinocéros, on a ici un titre d'album étrange et quelque peu trompeur, il faut attendre facile les trois-quarts de l'album pour piger où Fournier veut en venir ! Sinon, c'est une histoire en 62 pages (le dernier album aussi long pendant longtemps dans la série, d'ailleurs), qui démarre là où Le Champignon Nippon (petite histoire à la fin du tome précédent) se termine ; si on ne connaît pas cette petite histoire, autrement dit, si on n'a pas lu le tome 20, ça peut sembler un peu abrupt, au début (ce fut le cas pour moi, cet album fut mon premier Fournier) ! On découvre un peu plus le magicien nippon Itoh Kata, très drôle et fantaisiste, et on  découvre un nouvelle ennemi : l'organisation criminelle (terroriste) internationale le Triangle, qui cherche à tout prix à mettre la main sur un champignon étrange que le Comte de Champignac voulait remettre à Kata (pour une collaboration entre les deux hommes). Plein de rebondissements et d'humour dans cette aventure alternant entre Japon (le début) et Europe (la fin). Un des meilleurs albums de la période Fournier. Note : 17/20.

22L'Abbaye Truquée (1971) : Un album un tantinet plus court que les autres : une cinquantaine de pages. On sent une transition pour passer des 62 pages aux futures 45 ! Cet album un peu secondaire mais au final très drôle (et que j'adore) est la suite directe de Du Glucose Pour Noémie, on y retrouve Itoh Kata et les méchants du Triangle (ici réduits au N°1 de l'organisation, Charles Atan, et à son sbire Rinaldo, qui ont enlevé Kata et le tiennent reclus dans leur cachette, dans une abbaye en ruines et truffée de pièges). L'histoire est basique, c'est plus un album pour rire et se détendre qu'autre chose. On en parle, chez les fans, comme d'un opus mineur, faible, mais, franchement, même si c'est un peu le cas (il y à, en effet, bien mieux), je l'aime énormément. Fournier fera pire, d'autres auteurs aussi. Note : 14/20.

23Tora Torapa (1972) : Le Triangle, troisième (et dernière). Le chef incontesté (au-dessus du N°1 !), Papa Pop, à la dégaine amusante (tignasse afro, barbe, lunettes noires, t-shirt, bermuda...), vit, avec ses sbires, sur un atoll polynésien, Tora Torapa, où ils font règner la tyrannie (et s'occupent étonnamment de moustiques...). Première apparition d'Ororéa, jeune Polynésienne qui n'apparaîtra que dans les albums de Fournier (celui-ci n'arrivait pas à dessiner Seccotine, et voulait qu'il y ait un personnage féminin quand même). On retrouve Itoh Kata et Zorglub dans cet album très drôle, le premier à faire 45 pages. Le style graphique de Fournier (qui, parfois, ne s'embarrasse pas de cadrer ses cases, il prend des libertés avec la norme) est de mieux en mieux. Un album qu'il faut lire plusieurs fois pour bien l'apprécier, mais au final, c'est un des meilleurs de l'auteur. Sublime couverture. Note : 18/20.

24Tembo Tabou (1959/1974) : Chose étrange : en pleine période Fournier, un album dessiné par Franquin et Roba déboule, venant briser la continuité. Cet album offre une histoire de 20/25 pages, datant de 1959, portant le nom de l'album (une histoire amusante mais mineure se passant en Afrique, avec notamment un éléphant rouge et des Pygmées), suivie de quelques gags d'une page sur le Marsupilami, et d'une petite aventure de cette bestiole, aux prises, dans la jungle, avec un chasseur maladroit et malchanceux du nom (amusant) de Bring M. Backalive. Dans l'ensemble, ce 24ème tome est mineur, un des moins bons de la série, même si rien n'est mauvais. Mais on se demande bien pourquoi il n'a pas été publié avant l'ère Fournier (ou juste après, tant qu'à faire) plutôt qu'en plein milieu. Il n'apporte rien à la série, et n'est à réserver qu'aux fans. Note : 10/20.

25Le Gri-Gri Du Niokolo-Koba (1973) : Magnifique couverture pour un album africain (le Niokolo-Koba est un parc naturel du Sénégal) qui obtiendra une distinction à l'époque, car il sera jugé très favorable pour l'entente entre le continent Européen et le continent africain ! Sincèrement, ce n'est pas un album dont je suis fanatique, mais il est très réussi (et met en scène Ororéa, qui devient personnage récurrent ici), les dessins sont sublimes, certains gags sont hilarants... Dans l'ensemble, c'est sans aucun doute un des meilleurs albums de l'ère Fournier. Note : 16/20.

26Du Cidre Pour Les Etoiles (1975) : Lui, en revanche, est clairement le moins bon de l'ère Fournier. Sans être mauvais, cet album est assez insipide, banal : une histoire d'extraterrestres (les Ksoriens) qui, dans leurs étranges navettes, débarquent à Champignac, sur invitation du Comte, pour une sorte d'échange scientifique avec lui. Ils découvrent le cidre, et en deviennent fous. Leur arrivée dans le village occasionne, on s'en doute, des troubles, plusieurs évênements bizarres se produisent, et Spirou et Fantasio arrivent, pour rendre visite au Comte, à ce moment-là... On sent que Fournier est breton : la boisson choisie pour l'album est bretonne, le cidre (il aurait pu aussi bien choisir le calva, après tout, mais on est dans une BD pour enfants et adolescents, autant prendre un alcool pas très fort...). Dans l'ensemble, c'est assez anecdotique, mais je prends plaisir à lire cet album de temps en temps. Note : 12/20.

27L'Ankou (1976) : Premier album de la série a avoir été traduit en breton, c'est sans aucun doute le chef d'oeuvre de l'ère Fournier. Se passant en Bretagne (tiens, tiens !), il aborde deux sujets bien distincts, mais subtilement mélangés : le folklore (l'Ankou, dans les légendes bretonnes, est le messager de la Mort, personnifié en un vieillard traînant, la nuit, dans la campagne, avec une charrette ; qui le croise est sûr de mourir bientôt, brrrr...) et le nucléaire (l'action se passe non loin d'une centrale qui, dans la réalité, est celle de Brennilis, aujourd'hui, je crois, fermée). On y retrouve Itoh Kata et Ororéa, qui a l'honneur d'être représentée sur la couverture (l'Ankou aussi). L'Ankou est à la fois flippant et hilarant, Spip, l'écureuil de Spirou, est déchaîné (chez Fournier, il est clairement pantouflard), l'histoire est bien foutue, les dessins sont remarquables, le message (le nucléaire, c'est mauvais) est certes classique, mais bien utilisé. Au final, c'est une totale réussite. Note : 20/20.

28Kodo Le Tyran (1978) : Cet album est la première partie d'une histoire en deux tomes (j'ai lu le tome 2 bien après le tome 1, d'ailleurs). Une histoire qui n'est pas sans rappeler Le Dictateur Et Le Champignon et QRN Sur Bretzelburg, deux des meilleurs albums de la période Franquin (le deuxième cité est même le meilleur de la série, tout court). L'action se passe dans un petit pays d'Asie, le Catung (avec un c cédille pour le C du nom du pays), dirigé d'une main de fer dans un gant de fer hérissé de pointes de fer par Jataka Kodo, un tyran qui n'a qu'une seule obsession : envoyer au poteau d'exécution à peu près tout le monde, pour n'importe quelle raison. Spirou et Fantasio veulent faire un reportage dans ce pays enclavé, et, pourquoi pas, aider la résistance à renverser Kodo... Mais Fantasio va rapidement tomber dans les griffes du tyran, pris par méprise pour un émissaire des mafieux qui le financent (le pays est producteur de drogues)... Un excellent album, j'aime particulièrement le gag récurrent de la petite tortue tombée amoureuse de Spip (voir la couverture). L'album se termine sur un suspense haletant, il faudra lire le tome suivant pour avoir la fin de l'histoire ! Note : 17/20.

29Des Haricots Partout (1979) : Fournier est habitué aux titres d'albums étranges, celui-ci ne fait pas exception à la règle (et encore une fois, il faut attendre plusieurs pages avant d'en saisir le sens). Suite directe de Kodo Le Tyran, ce tome 29 est moins abouti que le précédent, mais tout de même très très bon (à noter le rebondissement final, dernière page, où intervient Ororéa). Ca sera le dernier album de l'ère Fournier, et d'une manière générale, le dernier album de la série officielle fait par un seul auteur (les autres albums seront l'oeuvre de duos dessinateur/scénariste). Dans l'ensemble, cet album est une bonne conclusion pour l'histoire mettant en scène Kodo, et une bonne conclusion pour la période Fournier, peu connue aujourd'hui, et très réussie dans l'ensemble. Note : 16/20.

30La Ceinture Du Grand Froid (1981) : Après Franquin, après Fournier, place à un tandem, qui ne tiendra que le temps de trois albums : Nic (dessins) et Raoul Cauvin (scénario), ce dernier est scénariste notamment pour Les Tuniques Bleues. Ce tome 30 est une bien belle déception : on ne retrouve quasiment rien de ce qui fait la force et l'attrait de la série : si on excepte le trio central Spirou/Fantasio/Spip, rien n'est présent ici, pas de Comte, pas de Seccotine, pas de Zantafio, de Zorglub, d'Ororéa (qui, de toute façon, est de la période Fournier, pas des autres)... Niveau scénario, c'est d'une platitude assez affligeante (une histoire de champ magnétique créant de l'hiver à n'importe quel endroit, conçu par des scientifiques géniaux ayant conservé leurs créations, en plans, dans une boîte noire), on se demande même d'où sortent ces méchants (une organisation criminelle à la Triangle, mais ce n'est pas eux). Graphiquement parlant, ce n'est pas mauvais, mais ces expressions quelque peu hagardes  (les yeux) dessinées par Nic sont, à la longue, usantes. Un album médiocre, qui ne fera absolument pas date. Note : 07/20.

31La Boîte Noire (1982) : Suite directe du précédent tome, cet album est trompeur : on croirait, à voir la plutôt réussie couverture (toujours cette expression hagarde pour Fantasio, comme s'il doutait du bien-fondé de l'album...), qu'il se passe intégralement dans le désert (vers Gibraltar), mais non. Une bonne partie de l'action se passe non loin de chez Spirou et Fantasio (un personnage insupportable de la période Nic & Cauvin : la voisine curieuse, bavarde, qui ne cesse de regarder par la fenêtre ce que font Spirou et Fantasio et d'emmerder son mari à ce sujet), Fantasio utilisant les plans de la boîte noire, qui leur a été léguée par les scientifiques du tome précédent, et fabrique les diverses inventions qui s'y trouvent (un véhicule futuriste, notamment, en forme de bulle). Avec, toujours, cette organiation criminelle maladroite à leurs basques... Ce tome réussi l'exploit d'être pire encore que La Ceinture Du Grand Froid, fallait le faire. Un ennui poli gagnera le lecteur de la première à la dernière des 45 pages. Pauvre Spirou. Note : 06/20.

32Les Faiseurs De Silence (1982) : Clap de fin pour Nic & Cauvin, et heureusement. Ce tome 32 est cependant celui que je préfère des trois du tandem, alors que ce n'est pas le meilleur (il est même franchement médiocre, à l'image de sa couverture sans originalité ; et toujours cette expression hagarde...). Fantasio fabrique une autre des conceptions issues de la boîte noire des scientifiques : un appareil capable de littéralement annihiler le son. On appuie sur une touche, et tout devient silencieux dans le champ d'action (les sons sont aspirés dans la machine, qui, progressivement, se remplit, au risque d'éclater et de renvoyer d'un coup tous les bruits aspirés...on imagine le vacarme !). Bien entendu, ça occasionne des problèmes (accidents de la route, etc), et bien entendu, l'organisation criminelle dont j'ai zappé le nom (si elle en a un, d'ailleurs !) est intéressée par cet AspiSon... Un scénario indigent, des dessins sans âme... Un album à oublier. Note : 06/20.

33Virus (1982) : On change de tandem : place à Tome et Janry, le premier au scénario, et le second aux dessins. Ce tandem au nom rigolo (Tome & Janry : Tom & Jerry...) tiendra 16 ans, soit plus que Fournier et Nic & Cauvin réunis, et ils ont considérablement apporté à la série, en reprenant les codes (Champignac, le Comte, Seccotine, Zorglub...) et en créant de nouveaux personnages, dont un qui deviendra récurrent (dès le tome 39, qui marque sa première apparition). Ce tome 33, Virus, leur premier, n'est pas leur meilleur (graphiquement parlant, Janry s'améliorera encore par la suite), mais il est déjà très bien, et fait revenir un ancien méchant, pas revu depuis le tome 17 : John Héléna. L'histoire est simple : un cargo arrive de l'Antarctique (Héléna s'en est enfui, malade), placé en quarantaine pour raison d'épidémie, un mal étrange et fulgurant, un nouveau virus. Avec l'aide d'Héléna, à moitié flingué par la maladie, Spirou, Fantasio et le Comte vont tout faire pour trouver un remède à ce virus, et embarquent pour la base scientifique arctique d'où tout est parti... Sens du suspense et de l'humour, ce nouveau tandem est mille fois supérieur à Nic & Cauvin. La série repart sur de nouvelles (et bonnes) bases ! A Noter, la couverture, qui, dès ce premier opus de Tome & Janry, utilise déjà le cadre autour du titre, qui deviendra référentiel du tandem.  Note : 15/20.

56637110_pAventure En Australie (1983) : D'ailleurs, à propos de cadre, cet album est le seul des Tome & Janry à ne pas l'utiliser sur sa couverture ! Un tome 34 assez sympathique, mais mineur. Pour cette première (et à ce jour dernière) virée au pays des Kangourous, Spirou & Fantasio partent en reportage, et apprennent que le Comte de Champignac se trouve sur place, non loin d'une mine, à s'user la santé. Mêlant superstitions aborigènes et modernité, cet album est une petite déception, malgré des gags bien foutus et un bon sens du rythme (et des dessins qui s'améliorent par rapport à Virus). Sans être le moins bon du tandem, c'est  tout de même un peu léger. Note : 12/20.

56670889_pQui Arrêtera Cyanure ? (1983) : Quand la série sera, dans les années 90, adaptée en série TV d'animation, le personnage du robot féminin Cyanure (qui disjoncte totalement) sera un méchant récurrent. Marrant, car il n'apparaît que dans cet album, dans la série de BD ! Un très bon opus se passant à Champignac-en-Cambrousse ; le robot féminin de l'ancien chef de gare (et inventeur) Caténaire pète les plombs et organise une révolte des engins ménagers et autres robots. Spirou et Fantasio (et un appareil-photto  robot assez amusant au look de R2-D2 de pacotille) s'organisent contre eux, dans une village en plein chaos... Un tome très sympathique, bien foutu, pas le meilleur, mais on s'en contentera bien, surtout après la déception du précédent opus. Ca se laisse vraiment lire sans problème ! Note : 14/20.

56697826_pL'Horloger De La Comète (1984) : Une quasi-totale réussite qui fait voyager, grâce un visiteur venu du futur (et qui n'est autre que le petit-fils du Comte de Champignac, Aurélien, de l'âge, à son arrivée, de son aïeul), dans le passé ; pourchassé par une sorte de police du futur qui veut l'empêcher de semer le bordel dans l'espace-temps, Aurélien embarque avec lui Spirou, Fantasio et Spip (pas le Comte, absent, en déplacement au moment des faits), ainsi qu'une créature paisible, bouffonne et amusante, sorte d'hippopodame mutant bouffant absolument tout (et le recrachant dans une bulle qui lui sort du cul), le Snouffelaire. Ils arrivent au Brésil, en pleine occupation par l'armée portugaise, au XVème ou XVIème siècle (si je ne m'abuse)... Un excellent album, très original, bien dessiné, l'histoire est très bien écrite... On en redemande ! Note : 16/20.

56698399_pLe Réveil Du Z (1985) : Comme son nom l'indique, un certain Zorglub risque fort bien de revenir, ici. Très étrange, cet album se veut être une sorte de suite de L'Horloger De La Comète. Spirou, Fantasio et Spip sont de retour dans leur époque, mais par un fait étrange, vont se retrouver propulsés dans le futur, d'où vient Aurélien de Champignac et le Snouffelaire. Un certain Zorglub Junior, petit-fils de Zorglub, un nabot, y fait règner sa loi, une tyrannie basée sur le temps. Spirou et Fantasio découvrent que Zorglub Junior tient prisonnier le Comte de Champignac, et il convient donc de le libérer, et de revenir à la bonne époque... Un album étrange et, pour tout dire, assez raté, ça part un peu dans tous les sens. Pourtant, ça partait d'une assez bonne idée... Note : 10/20.

56698861_pLa Jeunesse De Spirou (1986) : Ca faisait longtemps (depuis le...tome 3 !) qu'un album n'avait pas proposé plusieurs petites histoires (il y en à, si je ne m'abuse, 5 ici). La première, qui porte le titre de l'album, est une variation sur la fameuse série de BD de Tome & Janry Le Petit Spirou (c'est ce qui a donné envie au tandem de faire cette série, d'ailleurs, on ne retrouve pas les personnages de la série, mais des versions enfant de Fantasio, Zantafio, Seccotine...), et est très drôle. Chaque histoire est présentée par un Spip avachi dans un vieux chausson, et jouant les indignés, l'air de dire que Spirou n'est pas si recommandable que ça. Les autres histoires montrent Spirou trouver sa fameuse tenue de groom ; Spirou et Fantasio contre un faussaire en BD ; un mal étrange causé par un champignon en train de toucher Champignac ; et une réunion d'anciens collègues scientifiques du Comte, dont on sait que parmi les invités se cache un imposteur, le tout est de savoir lequel. Dans l'ensemble, c'est un album mineur, mais bien sympathique ! Note : 14/20.

56801489_pSpirou A New York (1987) : Album important, un des best-sellers de la série, un des meilleurs de la période Tome & Janry aussi (même si le meilleur reste à venir, en fait ; et le pire aussi !). Première, et pas la dernière, des apparitions de Don Vito Cortizone, parrain de la mafia italienne de New York (une caricature évidente du film de Coppola), personnage qui reviendra et qui, dans la série TV animée citée plus haut, sera récurrent. L'histoire ? Spirou et Fantasio gagnent un million de dollars dans un coffre de banque à New York, en trouvant une clé de coffre dans un carton d'emballage de pizza Lucky. Mais c'est un piège tendu par la mafia new-yorkaise (qui dirige la société Lucky) afin de trouver un gogo pour règler certaines affaires ; Cortizone et sessbires sont touchés par une poisse monumentale, causée par leurs ennemis Chinois, et il leur faut trouver quelqu'un de suffisamment chanceux (assez chanceux pour trouver la clé dans la pizza, par exemple !) pour contrecarrer le mauvais sort... Dessins très réussis, gags à gogo, cet album est remarquable. A noter la caricature du dessinateur Peyo (créateur des Schtroumpfs) dans les deux premières pages, qui parle du fameux rêve américain. Note : 16/20.

56837466_pLa Frousse Aux Trousses (1988) : Un album remarquable qui démarre sur les chapeaux de roues. Je me souviens avoir été frustré, au moment de l'acheter, de constater, à la fin, qu'il n'était que la première partie d'une histoire en deux tomes (j'ai foncé acheter le tome suivant dès le lendemain !). Si le tome suivant, justement, est encore plus réussi, celui-ci est tout de même une tuerie dans son genre. Spirou vient de donner une conférence sur une de ses aventures, périlleuses ; ce fut tellement flippant et angoissant que plusieurs personnes se sont enfuies de la salle pendant le film, n'en pouvant plus. Un homme vient le voir, un homme atteint d'un mal atroce et bénin en même temps : le hoquet. Selon lui, si une peur peut soigner temporairement le hoquet, une terrible peur pourrait le soigner définitivement. Il demande aisi à Spirou et Fantasio de lui organiser (ainsi que pour d'autres victimes du  hoquet chronique) une virée au Touboutt-Chan, un pays asiatique (vers le Népal) en proie à une incessante guerre civile. Face aux horreurs de la guerre, les 'hoqueteurs' guériront peut-être... Une aventure riche en humour et en action (et suspense : voir le final !), et qui fut publiée, dans le journal Spirou, sous un autre titre que l'album (Angoisse A Touboutt-Chan). Remarquable, vraiment ! Note : 19/20.

56868888_pLa Vallée Des Bannis (1989) : Et donc, ce tome 41, très réputé parmi les fans de la série, est la suite directe (démarrant là où s'arrête le précédent opus) de La Frousse Aux Trousses ; il est donc déconseillé de le lire si vous n'avez pas lu le précédent opus, sous peine de vous demander direct ce que Spirou et Fantasio (et Spip !) viennent foutre là. Après être passés dans un tourbillon, dans une infractuosité de la montagne, le duo se retrouve dans la fameuse Vallée des Bannis, où personne, mis à part deux explorateurs autrefois, n'aurait jamais mis les pieds (et les deux  explorateurs n'ont jamais été retrouvés...). Personne ne sait donc ce qui se trouve dans cette vallée perdue, maudite, et le tout est surtout de savoir comment s'en sortir. Hélas pour Spirou, Fantasio est rapidement piqué par un moustique curieux, qui entraîne une folie furieuse assez rapidement. Déjà qu'ils sont piégés dans une univers terrifiant et clos, en plus, Fantasio devient ingérable et violent ! Une aventure riche en suspense, en trouvailles, avec pas mal d'humour, mais quand même moins que de coutume, ça s'y prête moins (les cris de rage de Fantasio sont tout de même amusants : Fantasio Magaziiiiiiiiine !!). Une suite parfaite et tout simplement, avec le précédent (et juste devant le précédent !) et le tome 46, le meilleur album de l'ère Tome & Janry. Note : 20/20.

56871254_pSpirou A Moscou (1990) : Aïe. Petite baisse de qualité au programme avec cet album qui, sinon, possède deux qualités : embarquer le duo dans un endroit qu'ils n'avaient encore jamais visité (la Russie, plus exactement l'U.R.S.S. encore en 1990), et faire revenir leur ennemi Zantafio, le cousin de Fantasio. Mis à part ça, c'est bien dessiné, et très drôle (la double page d'intro sur l'U.R.S.S. est poilante), mais on ne va quand même pas crier au génie, cet album est finalement assez moyen. Tome & Janry feront pire, et d'ailleurs, à propos de pire, on peut clairement dire qu'à partir de cet album, ça commence sérieusement à patiner grave chez Spirou... Le pire reste donc à venir (tremblez !!), cet album, bien que moyen, reste lisible. Note : 13/20.

56871847_pVito La Déveine (1991) : Le retour de Don Vito Cortizone, ici méconnaissable (amaigri), pour un album qui ne va nulle part. Ce fut mon premier Spirou de Tome & Janry, et sauf erreur de ma part, mon premier Spirou tout court (voyez que je n'ai pas commencé par le meilleur...), que j'ai voulu rien que pour sa couverture. L'histoire est une sorte de version Spirou de Plein Soleil, quelque part, un huis-clos en plein jour, sur un petit bateau appartenant au duo, qui prend un naufragé piégé sur une île des Caraïbes ; qui n'est autre que Cortizone, comme ils s'en rendent rapidement compte. L'ex-parrain de la mafia les prend en otage, en les forçant à récupérer pour lui, sous la mer, un trésor enfoui. Mais Cortizone n'est pas appelé Vito la Déveine pour rien... Un album mal foutu, vraiment décevant, médiocre au possible. Et dire que ce n'est ni le pire de la série, ni le pire du tandem d'auteurs ! Note : 07/20. 

56901038_pLe Rayon Noir (1992) : Insauvable. Une histoire nullissime sur un rayon mis au point par le Comte de Champignac (toute l'action se passe dans le fameux village), capable de rendre noir n'importe qui. Je ne vais pas dire qu'on flirte avec le racisme, n'exagérons rien (d'autant plus que l'album est censé dénoncer le racisme, les habitants de Champignac qui ne sont pas touchés par le rayon prennent assez mal cette histoire et ne reconnaissent pas leurs voisins touchés, ils les traitent avec mépris, etc), mais ce qui est sûr, c'est que cet album est mauvais, idiot, totalement ridicule (que vient foutre là Vito Cortizone ? C'était vraiment histoire de l'utiliser une fois de plus...), avec des gags qui ne passent pas et un scénario débile. Le seul truc qui me fait marrer, c'est quand Fantasio assomme un mec avec une machine à écrire et que le bruit du choc sur la tête n'est pas paf, vlan ou pan, mais azerty. Mis à part ce petit détail d'une seule case, Le Rayon Noir est à fuir. Note : 01/20.

56901999_pLuna Fatale (1995) : Après deux albums vraiment médiocres (enfin, un médiocre, et un épouvantablement nul), on a ici un retour à la normale. Luna Fatale (qui, le temps d'une page, offre des dessins assez olé-olé pour une BD pour tous publics : Fantasio se fait photographe de charme !) est en effet un excellent album, qui replonge le duo dans l'enfer de New York. On y retrouve Vito Cortizone, qui a retrouvé sa place de parrain. Spirou, en Europe, tombe sous le charme de Luna, une charmante jeune femme, et ne sait pas qu'il s'agissait d'un piège destiné à l'enlever et l'embarquer pour New York (Luna n'est autre que la fille de Cortizone). Cortizone a mis un collier explosif autour du cou de Spirou, et l'encourage fortement à accepter son offre qu'il ne peut refuser : l'aider à règler une bonne fois pour toute le dossier de la mafia chinoise, qui pourrit la vie des mafieux italiens... Un album franchement bon, un des mieux dessinés par Janry, et qui conclut, dans un sens, parfaitement l'ère du tandem (l'album suivant aussi est de Tome & Janry, mais très différent des autres). Note : 15/20.

56902535_pMachine Qui Rêve (1998) : Plutôt un échec à sa sortie, et je dois dire que j'ai mis du temps à l'aimer, cet album. Changement de style absolu, et pas seulement graphique. Avec ses bordures de pages noires et son ambiance à mi-chemin entre de la SF sombre à la Blade Runner/Matrix et un film noir, Machine Qui Rêve est l'OVNI de la saga. Tome & Janry cesseront l'aventure Spirou après cet album. Etait-il prévu qu'ils fassent d'autres albums de ce genre, où voulaient-t-ils juste changer de style une fois, comme ça, je ne sais pas trop. Toujours est-il que ce 46ème album, qui ne sera pas suivi d'un autre avant 6 ans (un délai assez long !), fait polémique chez les fans. Perso, je le trouve remarquable, un des meilleurs absolus, mais je peux comprendre qu'on pense le contraire, car pendant longtemps, ce fut mon cas ! Mais un peu d'originalité de ce niveau, ça ne peut pas faire de mal. Plus une BD pour adultes qu'autre chose, par moments. Note : 20/20.

47Paris-Sous-Seine (2004) : Nouveau tandem d'auteurs : Morvan (scénario) et Munuera (dessins). Ceux-ci tiendront quatre ans et autant d'albums avant de céder, à leur tour, la main, et leurs remplaçants sont toujours actifs dans la saga. Le style de Munuera est très particulier, on sent le mec passionné par les comics et les mangas. Le style est assez enfantin par moments. C'est avec ce tandem d'auteurs que les albums repasseront progressivement à un nombre de pages de plus en plus important (50, puis 62 pages), le nombre de pages reviendra à 45 par la suite. Cette histoire est dans l'ensemble assez originale (une inventrice, amie d'enfance du Comte de Champignac, sorte de Zorglub féminin, crée une machine qui peut créer des raz-de-marée, et elle en profite pour inonder Paris, mais alors quelque chose de bien), avec une touche de gravité qui manquait un peu à la série (on apprend que la femme en question est atteinte d'un cancer). Graphiquement parlant, il faut s'y faire, et contrairement aux autres styles (des autres auteurs), c'est pas donné, ici. Dans l'ensemble, ce n'est pas mauvais, mais on ne peut pas non plus dire que c'est très bon... Note : 12/20.

48L'Homme Qui Ne Voulait Pas Mourir (2005) : Retour de Zantafio pour cet album au titre assez sombre (on y parle de la mort, quand même) et faisant intervenir Tanzafio, l'oncle de Fantasio et Zantafio, celui dont ils héritent dans le tome 4 de la série, et qui, logiquement, devrait être mort...Mais, ayant, dans ses voyages en Palombie et ailleurs, découvert une fontaine de Jouvence, il ne meurt jamais, pas tant qu'il boit de cette eau. Et il lui en manque. Il arrive, à moitié désseché, chez Spirou, pourchassé par des tueurs à la solde de Zantafio, lequel est intéressé par cette eau. Le voyage de Spirou, Fantasio et Tanzafio commence, suivis par Zantafio, pour retrouver cette source. Pour Tanzafio, c'est une question d'heures... Les dessins sont à peine plus appréciables (enfin, je ne critique pas le style de Munuera, mais disons que c'est pas mon genre de dessins...), mais niveau scénario, cet album à la Indiana Jones est le plus réussi du tandem. Certains diront que ça ne veut pas dire grand chose (et en effet, les albums de Morvan & Munuera ne sont pas terribles dans l'ensemble), mais sachez que cet album est vraiment bon. Pas extraordinaire, mais bon ! Note : 14/20.

49Spirou A Tokyo (2006) : Le plus long album depuis Du Glucose Pour Noémie : il atteint 60 pages. Hélas, c'est un album bien épouvantable que celui-ci (qui sera suivi d'un album officiel en forme de guide sur l'album, numéroté 49Z), le pire du tandem, et pire encore que Le Rayon Noir, c'est dire... Ici, le style très comics/manga de Munuera prend tout son sens, l'album étant très influencé par la culture du pays dans lequel se passe l'action, le Japon  (on retrouve d'ailleurs, et ça fait plaisir, Itoh Kata, c'est la seule bonne chose de l'album). Scénaristiquement parlant, c'est d'une indigence qui fait peur, et à la place du tandem, j'aurais honte de moi ; il suffit de penser aux grands albums de l'ère Franquin, aux meilleurs de Fournier et de Tome & Janry, et, franchement, à côté, Spirou A Tokyo fait pitié... Note : 00/20.

50Aux Sources Du Z (2008) : Assez original (on plonge dans le passé, parfois lointain, de la série, avec de multiples allusions aux anciens albums, comme La Corne Du Rhinocéros, Z Comme Zorglub ou Spirou Et Les Héritiers), cet album, le dernier du tandem Morvan & Munuera (aidés ici de Yann), ne commet pas l'exploit d'être le meilleur des auteurs, mais c'est tout de même meilleur que le précédent (pas dur). Comme on le voit, c'est le retour de Zorglub. Une histoire parfois très sombre (on y parle à nouveau de cancer, en phase terminale...), et le final est, comment dire, tellement spécial que j'ai cru qu'il n'y aurait jamais de tome 51. Dans un sens, c'est un peu comme si la série s'arrêtait là, et qu'une autre recommençait, dès l'album suivant... Note : 14/20.

51Alerte Aux Zorkons (2010) : Yoann (scénario) et Vehlmann (dessins), tel est le nouveau tandem d'auteurs, toujours en activité, qui sort son premier album en 2010. Style graphique amusant mais un peu particulier, il faut s'y faire, mais c'est nettement mieux que Munuera. L'histoire fait revenir Zorglub et le village de Champignac, qui, ici, à cause de Zorglub (qui n'est pas redevenu méchant, mais a recommencé ses expériences douteuses), est devenu méconnaissable, envahi par une jungle peuplée de créatures bizarres et pas très attirantes : les Zorkons. On sent un jeu de mots assez douteux (dans Zorkon, il y à con)... Une histoire amusante, originale, sans doute un peu trop, mais dans l'ensemble, ce tome 51 est le meilleur depuis le 45 (oui, je sais, Machine Qui Rêve, le tome 46, a eu droit à la note maximale, mais il est à part). Note : 15/20.

52La Face Cachée Du Z (2011) : Qu'est-il arrivé à Yoann & Vehlmann ? Si Alerte Aux Zorkons était bien, celui-ci (qui, comme sa couverture et son titre le disent, fait revenir encore une fois Zorglub) est une calamité, que le duo ne se gênera pas de dénigrer rapidement dans le tome suivant. L'action se passe sur la Lune, sur une base conçue par Zorglub, sorte de camp de résidence pour V.I.P. de tous bords. Spirou et Fantasio y sont invités. Rapidement, tout va mal se passer... Niveau dessins, c'est du même acabit que le précédent (et le suivant !). Niveau histoire, c'est abracadabrantesque, et à côté, Spirou A Tokyo est un sommet, c'est dire... A fuir à tout prix. Note : 00/20.

53Dans Les Griffes De La Vipère (2013) : En achetant, cette année, ce tome 53, le dernier à ce jour, j'avais peur qu'il soit du niveau du précédent. Si ça avait été le cas, alors il n'y aurait plus rien à faire concernant la saga, qui, à deux-trois albums près, est quand même devenue bien misérable depuis le milieu des années 90... Heureusement, cet album est très réussi, c'est même, malgré une baisse de rythme vers la fin, le meilleur du tandem Yoann & Vehlmann à ce jour. Le duo ne se gêne pas pour casser du sucre sur le dos du précédent opus (Spirou avoue ne pas avoir été totalement lui-même, etc...), histoire de dire qu'ils ont déconné en le faisant, qu'ils savent qu'il était raté, et qu'ils ont retenu la leçon (espérons !). Spirou, dans cet album, est pris au piège, acceptant de céder les droits de son journal homonyme à un grand groupe financier qui n'est autre qu'une gigantesque magouille... Un album original et assez oppressant pour son héros. Vraiment pas mal ! Note : 15/20.